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04 mai 2007

Le Bleu du ciel sans bataille



Il ne fut finalement que peu question du récit de Georges Bataille, Le Bleu du ciel. Simple point de départ, amorce et prétexte à une variation sur le bleu. Il est vrai que cette couleur si riche de références habite un tel nombre d'expressions de la langue française qu'il aurait été dommage de s'en priver, pour les oulipiens.

Si la référence à Bataille fut en fin de compte peu fouillée - une sorte de point aveugle, à Contre-ciel, serait-on tenté de dire- sans doute n'était-ce là qu'une habile façon d'évoquer le roman d'un oulipien, c'est-à-dire Les fleurs bleues de Raymond Queneau ? En effet, les deux hommes n'avaient-ils pas travaillés ensemble quelque temps dans les années 20-30 ?

Le ciel fut également bien vite sur évincé sans doute parce que comme le notait justement Peter Greenway “There is no such colour as blue, blue is an illusion, for the sky is really black…” restait tout le reste, ce qui n'est pas peu…

Azur, azur, pas de bas-bleu, un peu d'IKB, de curaçao et de bleu de méthylène, pour un cocktail bleu lagon, sans concession ; du cuivre et des hommes bleus ; parbleu… des voyages transatlantiques au dessus de la grande bleue ou des astuces de bleu sans peur pour éviter coups et ecchymoses ; histoires de cordons bleus ; des myosotis et des bleuettes de saison…

Un feu d'artifice bleu où jeux de mots et calembours portaient tous cette même robe en camaïeu, sans bleus à l'âme malgré quelques blue notes.

27 décembre 2006

Dora : une montagne de barbarie

Il est des voyages, inoubliables, justement parce que leur destination n’est autre qu’un point de mémoire. Un point sur une carte qui tend à se matérialiser.


Le récit du récent voyage de Jacques Jouet et d’Olivier Salon aux confins de l’Allemagne, est exposé le jour même du solstice d’hiver, jour de l’année où la nuit est la plus longue ; singulier moment opportun. Sans doute, ce que nomment les grecs, le kairos : ce 21 décembre, avec son ciel bas et lourd, dont la pâle lumière, laissant à penser que le jour a finalement oublié de se lever, n’était-il pas, en effet, adéquat pour faire écho à cette nuit sans fin, à cette nuit artificielle, à ces nuits de brouillard qui enveloppèrent l’Europe au temps du nazisme ?



La poésie peut-elle quelque chose contre cet obsurantisme tissé serré par les nazis? Le poème de Jacques Jouet commémore la mémoire de ces hommes, dont François Le Lionnais fit malheureusement partie entre 1944 et 1945, ceux-là qui furent enfouis sous la montagne.

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La place d'appel du camp de Dora de nos jours


Dora, un nom aux douces sonorités féminines, un nom qui résonne, à présent, des plus lugubres peines. Peut-on concevoir ce qui se déroulait là-bas, sous la colline de Kohnstein, dans ces vastes tunnels ? De secrets affairements, dont il ne reste que des initiales, V1, V2, B1. Plus de 60 000 hommes participeront, de force, à ce mystérieux labeur, mais plus de la moitié ne revinrent pas, plus de la moitié ne revirent jamais la lumière du jour. Être au cœur de la montagne, privé d’eau mais sans un endroit au sec, privé de lumière, de chaleur, épuisé à la tâche, traqué par la maladie, tel fut le quotidien de l’“Enfer de Dora”. François Le Lionnais survécu malgré tout à ce terrible séjour, sans doute grâce à sa qualité de "disparate" comme il aimait à se qualifier lui-même.


Bruegel, La pie sur le gibet,
1568, huile sur bois

“Mon regard se porta machinalement sur la colline qui s’élevait du côté de l’infirmerie. L’automne y achevait son établissement. Alors ces grands arbres dépouillés fondirent sur moi sans crier gare et m’emportèrent avec eux. L’Enfer de Dora se métamorphosa subitement en un Bruegel dont je devins l’hôte.”
C’est ainsi que Le Lionnais décrit dans son émouvant texte “La peinture à Dora”, comment son immense curiosité et son amour du savoir fut réveillée un jour, sur la place d’appel du camp de Dora, et le sauva ; sa résistance à l’ennemi, se fit donc par le biais de la culture et des différentes humanités, des mathématiques à la philosophie sans oublier les arts, en faisant ainsi obstacle à l’emprise de la barbarie.

Jacques Jouet au travers de sa récente confrontation avec cette terre allemande, parvient à faire transpirer une émotion contemporaine pour ces “remplaçables”, comme les nommaient leurs bourreaux.
Sous la colline de Kohnstein, âmes des morts reposez en paix, c’est dans un poème, dans un tableau de Bosh ou de Bruegel, que vous re-vivez encore aujourd’hui, sans crainte de l’oubli.

13 octobre 2006

Infra-Oskar



La nouvelle saison des jeudis oulipiens s’annonçait bigarrée, mais l’ouverture ce 12 octobre 2006 se révèla finalement dans des nuances plus subtiles. Bien sûr, nulle question d’arborer des crêpes noirs aux boutonnières, mais la brutale disparition d’Oskar Pastior, ce 4 octobre dernier a certainement teinté cette séance d’un soupçon de nostalgie. Demi-teintes presque transparentes que les quelques oulipiens rassemblés ont utilisées pour évoquer leur ami et camarade, Oskar. L’émotion affleurait, bien entendu, laissant paraître des failles dans l’organisation de l’hommage : troubles, oublis, bégaiements…

~*~

Les souvenirs de Jacques Roubaud, évoquant leur rencontre justement au cours d’une lecture publique 25 ans plus tôt, et la lecture en français, comme mise en abîme, du texte qu’Oskar Pastior avait lu un quart de siècle plus tôt, ne pouvait laisser indifférent.
Mais c’était avant tout, l’occasion de ré-écouter Pastior lisant ses textes, et de s’imaginer, une fois encore son petit air espiègle, le poète, le nez à peine levé de ses papiers et “ayant pris une bouffée de cigarette”, littéralement exhaler les mots et les sons en même temps que la fumée, si doucement, si délicatement. Sa caresse des mots, surprend, tant la rudesse de la langue allemande s’y trouve transfigurée et comme gommée.



~*~

Entendre Oskar lire, en français, le poème de Baudelaire, Harmonie du soir, c’est vivre l’expérience délicieuse, de voir le poème s’animer d’un souffle d’inconnu… Oskar avait l’accent indéfinissable du polyglotte et du citoyen du monde ; un accent au pouvoir inouï, à qui veut bien prendre le temps de l’écouter.

28 avril 2006

Résumé




Oulipo, 27/04/2006 ? Comment réussir à synthétiser les essentiels extraits de cette séance placée sous le signe de l’économie de mots et de temps ? Trêve d’obscures élucubrations, Sally Mara, grâce à son traducteur Raymond Queneau, offre un saisissant résumé de la situation grâce à son “arithmétique affective” (Œuvres complètes de Sally Mara) :
L’amour : 1+1=1
mais
L’orgueil : 1 x 1 = 10
La vanité : 0,1 x 0 = 10

Tout est dit !

20 janvier 2006

Zone floue



La restriction dans le périmètre du thème annoncé a été, exceptionnellement, transgressée, ce jeudi 12 janvier 2006. Les oulipiens alors qu'habituellement assez disciplinés, étaient, en effet, quelque peu dissipés : certains revenant sur un thème passé, d'autre explorant des zones improbables... La frontière a été traversée sans égard à l'injonction commandant la soirée : “Ralentir, frontière”.
Quelques uns pourraient y voir les contrecoups des agapes des fêtes encore proches, ou bien, qui sait....

~✺~


Jacques Jouet a lu trois de ses poèmes, composés sous la forme de la Quenoum. Trois poèmes, trois portraits de d'arbres remarquables du jardin des plantes de Paris. La quenoum, sorte d'hybride de quenine et de pantoum, a des accents de chansons anciennes, poème rythmé et scandé. Et c'est sans doute pourquoi, ce refrain insistant persiste, mémorisé, comme gravé.
Le “catalpa baroque” au tronc torsadé me hante à tel point, qu'il me faut aller à sa rencontre, m'y confronter. Bravant le froid et la bruine, me voici donc devant ce catalpa aux trois béquilles, effectivement adossé à un mur. Et c'est le choc, amplifié encore par son aspect de squelette hivernal, dénudé, nu. totalement offert.


Et le “catalpa baroque” et son refrain résonne encore, encore, encore...