Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature. Afficher tous les articles

06 décembre 2006

Pensée pour un jour de tempête


« Grande et terrible est la puissance du rire:
contre elle, nul ne saurait se prémunir;
et l'homme qui a le courage de rire est le maître du monde,
comme celui qui est toujours prêt à mourir. »
Leopardi

13 octobre 2006

Infra-Oskar



La nouvelle saison des jeudis oulipiens s’annonçait bigarrée, mais l’ouverture ce 12 octobre 2006 se révèla finalement dans des nuances plus subtiles. Bien sûr, nulle question d’arborer des crêpes noirs aux boutonnières, mais la brutale disparition d’Oskar Pastior, ce 4 octobre dernier a certainement teinté cette séance d’un soupçon de nostalgie. Demi-teintes presque transparentes que les quelques oulipiens rassemblés ont utilisées pour évoquer leur ami et camarade, Oskar. L’émotion affleurait, bien entendu, laissant paraître des failles dans l’organisation de l’hommage : troubles, oublis, bégaiements…

~*~

Les souvenirs de Jacques Roubaud, évoquant leur rencontre justement au cours d’une lecture publique 25 ans plus tôt, et la lecture en français, comme mise en abîme, du texte qu’Oskar Pastior avait lu un quart de siècle plus tôt, ne pouvait laisser indifférent.
Mais c’était avant tout, l’occasion de ré-écouter Pastior lisant ses textes, et de s’imaginer, une fois encore son petit air espiègle, le poète, le nez à peine levé de ses papiers et “ayant pris une bouffée de cigarette”, littéralement exhaler les mots et les sons en même temps que la fumée, si doucement, si délicatement. Sa caresse des mots, surprend, tant la rudesse de la langue allemande s’y trouve transfigurée et comme gommée.



~*~

Entendre Oskar lire, en français, le poème de Baudelaire, Harmonie du soir, c’est vivre l’expérience délicieuse, de voir le poème s’animer d’un souffle d’inconnu… Oskar avait l’accent indéfinissable du polyglotte et du citoyen du monde ; un accent au pouvoir inouï, à qui veut bien prendre le temps de l’écouter.

08 octobre 2006

Laps en vol

“Aussi bien j’aime les voyages comme l’essai du retour.” Yves Bonnefoy

Temps de vol : une journée passée la tête au dessus des nuages, d’ici à là-bas. Se faire la réflexion que, finalement, ce n’est pas si loin d'ici, ce là-bas. Résumer le voyage à deux repas séparés par un hypothétique sommeil peu ou pas réparateur. Peu de choses finalement. Dans ce petit fauteuil étroit, malgré l’inconfort flagrant vivre l’expérience quasi monacale, du retour sur soi, forcé. Onze heures “à tuer”, comme l’on dit. Se résigner, malgré les protestations douloureuses des membres ankylosés, à l’immobilité. Ce laps aérien, là, perdu aux milieu de l’éther, ne dispose-t-il pas comme le remarquait Bachelard aux vagabondages de l’esprit ou à la rêverie ?


Dürer, Aile d'oiseau


Paradoxale immobilité en réalité, puisque elle est subie dans un véhicule lancé à plus de 1000 kilomètres par heure. Mais, pour “des raisons de sécurité” c'est bien vissé à son siège et attaché que se déroule le trajet, pratiquement dépourvu des manifestations, pourtant attendues, de la vitesse. Ce repos obligé n'est pourtant pas indifférent. Qu'en serait-il si, dans un hypothétique futur, la téléportation devenait le seul moyen de se rendre d'un point à l'autre de la planète ? N'y aurait-il pas danger de traumatisme important à passer de climats si différents en un clin d'œil ? Ce sas pressurisé n'offre-t-il pas finalement un temps d'adaptation appréciable ?

~*~

Le voyage aérien moderne semble parfois vouloir s'assimiler à une séance de cinéma. Par l'intermédiaire de petits écrans encastrés dans le siège du rang précédent, sont proposés des programmes sensés distraire et faire passer le temps. Mais cette volonté d'occuper absolument l'esprit du passager, d'en capter l'attention par l'usage de “sirènes” technologiques, se trouve, néanmoins, parfois mise en échec : écran trop proche, recul insuffisant, images floues ou mal réglées, casque peu commode… les raisons ne manquent pas pour que, finalement, l'attention se détache de ce spectacle quasi imposé.

Alors, à ce moment précis, comme Giacometti lors d'une séance d'Actualités en 1945, l'esprit s'évade, malgré le bruit des moteurs et les turbulences inopinées : “Et alors tout à coup, il y a eu une scission. Je me rappelle très bien c’était […] à Montparnasse, d’abord je ne savais plus très bien ce que je voyais sur l’écran ; au lieu d’être des figures, ça devenait des taches blanches et noires, c’est-à-dire qu’elles perdaient toute signification, et au lieu de regarder l’écran, je regardais les voisins qui devenaient pour moi un spectacle totalement inconnu. L’inconnu était la réalité autour de moi et non plus ce qui se passait sur l’écran ! En sortant sur le boulevard, j’ai eu l’impression d’être devant quelque chose de jamais vu, un changement complet de la réalité… Oui, du jamais vu, de l’inconnu total, merveilleux. […] … et en même temps, le silence, une espèce de silence incroyable. […].”. Les images se brouillent, l'instant présent tend à disparaître au profit d'autres réalités, des souvenirs viennent se superposer avec des projections du futur, où se sur-imposent aussi des sensations tangibles… étrange espace-temps, ou de fugaces instants viennent se sédimenter comme des calques sur le “maintenant”… Giacometti, lui, a vu dans cet épisode une découverte ou plutôt une révélation de la troisième dimension, ce qui bouleversera ses recherches. Le passage par la “boîte” cinéma, provoque un trouble qui pourrait s'apparenter à celui du voyageur après son transit dans la “boîte” avion. Comment, en effet, s'échapper ‘indemne’ de “cette scission”, d’une métamorphose si complète de paysages, de climat, de météorologie, de langage au sortir d’un trajet aérien plus ou moins long ou d’une séance de cinéma ? Ou encore, comment rester de marbre en faisant l’expérience concrète du passage du temps ?

Le voyage comme expérience ou encore l’expérience initiatique vécue à travers le voyage, n'est bien sûr pas chose rare. Un autre artiste, Tony Smith, s’en était fait l’écho dans une célèbre interview donnée à Artforum en 1966. La découverte qui s’est imposée à lui lors d’un voyage en voiture de nuit : “[…] It was a dark night and there were no lights or shoulder markers, lines, railings or anything at all except the dark pavement moving through the landscape of the flats, rimmed by hills in the distance, but punctuated by stacks, towers, fumes and colored lights. This drive was a revealing experience. The road and much of the landscape was artificial, and yet it couldn’t be called a work of art. On the other hand, it did something for me that art had never done. At first I didn’t know what it was, but its effect was to liberate me from many of the views I had had about art. It seemed that there had been a reality there which had not had any expression in art.” Là encore, il y a clairement un avant et un après : une rupture. Tony Smith est poussé à remettre en question l'Art par cette singulière expérience. Mais, n’est-ce pas notre perception, plutôt que l'Art, qui se trouve bouleversée ? Comme si le laps du voyage pouvait être une sorte de chemin de traverse, comme la chute d'Alice à travers le terrier du lapin blanc ou le périple d’Ulysse d'île en île. Une traversée extraordinaire transformant inévitablement et irremédiablement, celui qui ose s’y aventurer. N’est pas pour cela qu’aucun voyage n’est réellement anodin ?

~*~



Temps de vol : une journée passée la tête au dessus des nuages, d'ici à là-bas. Aller-retour. Surprise de déjà devoir s'en retourner. Résumer le voyage à deux repas séparés par un hypothétique sommeil peu ou pas réparateur. Peu de choses finalement. Dans ce petit fauteuil étroit. Onze heures “à tuer”, comme l'on dit. Se résigner à l'immobilité. Mais les nuages, où sont-ils ? Bachelard serait sûrement déçu, les aéronefs modernes, volent si haut, qu'on les perd de vue, les nuages. Vu du hublot, c'est l'espace nu … sur lequel hôtesses et stewards s'empressent de faire tomber un store pudique.

15 février 2006

pensée

«L’art est à l’opposé des idées générales, ne décrit que l’individuel,
ne désire que l’unique ; il ne classe pas, il déclasse».
Marcel Schwob


Une tasse d'eau et une rose sur un plat d'argent

20 janvier 2006

Zone floue



La restriction dans le périmètre du thème annoncé a été, exceptionnellement, transgressée, ce jeudi 12 janvier 2006. Les oulipiens alors qu'habituellement assez disciplinés, étaient, en effet, quelque peu dissipés : certains revenant sur un thème passé, d'autre explorant des zones improbables... La frontière a été traversée sans égard à l'injonction commandant la soirée : “Ralentir, frontière”.
Quelques uns pourraient y voir les contrecoups des agapes des fêtes encore proches, ou bien, qui sait....

~✺~


Jacques Jouet a lu trois de ses poèmes, composés sous la forme de la Quenoum. Trois poèmes, trois portraits de d'arbres remarquables du jardin des plantes de Paris. La quenoum, sorte d'hybride de quenine et de pantoum, a des accents de chansons anciennes, poème rythmé et scandé. Et c'est sans doute pourquoi, ce refrain insistant persiste, mémorisé, comme gravé.
Le “catalpa baroque” au tronc torsadé me hante à tel point, qu'il me faut aller à sa rencontre, m'y confronter. Bravant le froid et la bruine, me voici donc devant ce catalpa aux trois béquilles, effectivement adossé à un mur. Et c'est le choc, amplifié encore par son aspect de squelette hivernal, dénudé, nu. totalement offert.


Et le “catalpa baroque” et son refrain résonne encore, encore, encore...

12 janvier 2006

De l'art de tirer sa révérence



Il y a vingt-cinq ans Roman Kacew, alias Romain Gary, alias Émile Ajar tirait sa révérence. Laissant quelques mots, en guise d'ultime pirouette, pour finalement retomber sur ses pieds ou pour mieux partir, les pieds devant :


“Je me suis bien amusé. Au revoir et merci.”
Vie et mort d'Émile Ajar (21 mars 1979)

20 décembre 2005

À Nadia Anjuman Herawi, poète



Nadia Anjuman Herawi s'est éteinte le 4 novembre 2005 à Herat, en Afghanistan, où elle résidait. Ayant, sans doute, succombée sous les coups de son mari.
~*~

COLÈRE. Sous le régime Taliban, Nadia Anjuman, vous aviez avec d'autres femmes du cercle littéraire d'Herat enseigné la littérature, sous couvert de cours de couture, à de jeunes filles. Cette passion pour la littérature aurait pu à l'époque vous condamner à mort, puisque l'instruction des filles était strictement interdite. Mais, à l'heure où l'Afghanistan se remet de ses blessures, c'est à un ennemi autrement plus familier et proche que vous avez eu à faire ; votre son propre mari.

TRISTESSE. Alors que votre talent était en train de s'éclore, c'est comme si la "Fleur rouge sombre", titre de votre premier recueil de poèmes, avait été fauchée ; coquelicot fragile gâté avant l'heure par une brutale barbarie.
~*~

Nadia, je ne vous connaissais pas, et je n'ai pu lire que quelques traductions de vos poèmes, en anglais, mais avec émotion, mes pensées vous accompagne, vous, l'intellectuelle, la résistante, la passionnée, la mère, la femme, la poète.

Emplie de mélancolie et de tristesse ...
Mes ailes sont refermées et je ne peux voler...
Je suis une femme Afghane et pour cela doit pleurer.

disiez-vous dans l'un de vos poèmes, ils vous ont finalement tout pris, jusqu'à la liberté de pleurer, mais méritiez-vous pour autant d'être tuer.