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09 février 2007

69'

Amourettes sans lendemain, ou passions brûlantes ne sont pas les sujets de la série de courtes pièces de Jacques Jouet. L’amour au Travail, n’évoque que l’amour physique. Peu importe le lieu, du plein air, entre deux vignes sous le soleil automnal encore chaud, vers midi, ou sur un bateau de pêche à l’aube entre deux roulis, au bureau dans l’atmosphère branchée d’un studio de publicité ou encore au cours d’une réunion interministérielle, un seul instigateur, le désir…
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Chaque fois trois personnages, un homme et deux femmes. Un des personnages se distingue des deux autres (l’employée fraîchement licenciée qui n’a plus rien à perdre, la jeune étudiante qui fait un job d’été et a tout à découvrir, l’infirmière débutante encore trop sensible qui affronte la guerre, ou encore le poète qui vient de signer un bon contrat) et produit ce léger déséquilibre dont naît la faille dans laquelle certains des protagonistes ne manqueront pas de s’introduire. Cette faille, c’est le désir que l’on ne réfrène pas, l’envie soudaine du plaisir charnel, un appétit partagé qui ne trouvera sa conclusion que dans l’étreinte ou sous les caresses.


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Ces saynètes écrites à l’origine pour la radio sont mises en scène par l’auteur : la scène est sur la scène, une fois encore. L’auteur, en se fixant comme contrainte d’évoquer l’acte sexuel sur scène sans tomber dans la vulgarité, interroge finalement la pratique du théâtre même. Comment, en effet, montrer ce que d’habitude l'on cache, tout en s’interdisant le recours aux recettes classiques de la naissance de l’amour. Parfois les gestes se font suggestifs, mais bien plus ce sont les mots qui évoquent le trouble sensuel et sexuel, et décrivent les transports. Les gestes, regards ou les caresses deviennent alors quasiment accessoires.


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Les lecteurs de Jacques Jouet ne seront sans doute guère étonnés de cette recherche autour de l’expression de la sensualité sur scène. Une autre jeune Annette, personnage récurrent dans ces scènes, n’apparaissait-elle pas déjà dans une des pièces de Morceaux de théêtre narguant Dionysos lui-même …



[L’Amour au Travail, pièce de Jacques Jouet, avec Jehanne Carillon, Christian Girault et Mélanie Vaugeois, lumières de Fred Ansquer]

27 décembre 2006

Dora : une montagne de barbarie

Il est des voyages, inoubliables, justement parce que leur destination n’est autre qu’un point de mémoire. Un point sur une carte qui tend à se matérialiser.


Le récit du récent voyage de Jacques Jouet et d’Olivier Salon aux confins de l’Allemagne, est exposé le jour même du solstice d’hiver, jour de l’année où la nuit est la plus longue ; singulier moment opportun. Sans doute, ce que nomment les grecs, le kairos : ce 21 décembre, avec son ciel bas et lourd, dont la pâle lumière, laissant à penser que le jour a finalement oublié de se lever, n’était-il pas, en effet, adéquat pour faire écho à cette nuit sans fin, à cette nuit artificielle, à ces nuits de brouillard qui enveloppèrent l’Europe au temps du nazisme ?



La poésie peut-elle quelque chose contre cet obsurantisme tissé serré par les nazis? Le poème de Jacques Jouet commémore la mémoire de ces hommes, dont François Le Lionnais fit malheureusement partie entre 1944 et 1945, ceux-là qui furent enfouis sous la montagne.

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La place d'appel du camp de Dora de nos jours


Dora, un nom aux douces sonorités féminines, un nom qui résonne, à présent, des plus lugubres peines. Peut-on concevoir ce qui se déroulait là-bas, sous la colline de Kohnstein, dans ces vastes tunnels ? De secrets affairements, dont il ne reste que des initiales, V1, V2, B1. Plus de 60 000 hommes participeront, de force, à ce mystérieux labeur, mais plus de la moitié ne revinrent pas, plus de la moitié ne revirent jamais la lumière du jour. Être au cœur de la montagne, privé d’eau mais sans un endroit au sec, privé de lumière, de chaleur, épuisé à la tâche, traqué par la maladie, tel fut le quotidien de l’“Enfer de Dora”. François Le Lionnais survécu malgré tout à ce terrible séjour, sans doute grâce à sa qualité de "disparate" comme il aimait à se qualifier lui-même.


Bruegel, La pie sur le gibet,
1568, huile sur bois

“Mon regard se porta machinalement sur la colline qui s’élevait du côté de l’infirmerie. L’automne y achevait son établissement. Alors ces grands arbres dépouillés fondirent sur moi sans crier gare et m’emportèrent avec eux. L’Enfer de Dora se métamorphosa subitement en un Bruegel dont je devins l’hôte.”
C’est ainsi que Le Lionnais décrit dans son émouvant texte “La peinture à Dora”, comment son immense curiosité et son amour du savoir fut réveillée un jour, sur la place d’appel du camp de Dora, et le sauva ; sa résistance à l’ennemi, se fit donc par le biais de la culture et des différentes humanités, des mathématiques à la philosophie sans oublier les arts, en faisant ainsi obstacle à l’emprise de la barbarie.

Jacques Jouet au travers de sa récente confrontation avec cette terre allemande, parvient à faire transpirer une émotion contemporaine pour ces “remplaçables”, comme les nommaient leurs bourreaux.
Sous la colline de Kohnstein, âmes des morts reposez en paix, c’est dans un poème, dans un tableau de Bosh ou de Bruegel, que vous re-vivez encore aujourd’hui, sans crainte de l’oubli.

20 janvier 2006

Zone floue



La restriction dans le périmètre du thème annoncé a été, exceptionnellement, transgressée, ce jeudi 12 janvier 2006. Les oulipiens alors qu'habituellement assez disciplinés, étaient, en effet, quelque peu dissipés : certains revenant sur un thème passé, d'autre explorant des zones improbables... La frontière a été traversée sans égard à l'injonction commandant la soirée : “Ralentir, frontière”.
Quelques uns pourraient y voir les contrecoups des agapes des fêtes encore proches, ou bien, qui sait....

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Jacques Jouet a lu trois de ses poèmes, composés sous la forme de la Quenoum. Trois poèmes, trois portraits de d'arbres remarquables du jardin des plantes de Paris. La quenoum, sorte d'hybride de quenine et de pantoum, a des accents de chansons anciennes, poème rythmé et scandé. Et c'est sans doute pourquoi, ce refrain insistant persiste, mémorisé, comme gravé.
Le “catalpa baroque” au tronc torsadé me hante à tel point, qu'il me faut aller à sa rencontre, m'y confronter. Bravant le froid et la bruine, me voici donc devant ce catalpa aux trois béquilles, effectivement adossé à un mur. Et c'est le choc, amplifié encore par son aspect de squelette hivernal, dénudé, nu. totalement offert.


Et le “catalpa baroque” et son refrain résonne encore, encore, encore...