09 février 2007

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Amourettes sans lendemain, ou passions brûlantes ne sont pas les sujets de la série de courtes pièces de Jacques Jouet. L’amour au Travail, n’évoque que l’amour physique. Peu importe le lieu, du plein air, entre deux vignes sous le soleil automnal encore chaud, vers midi, ou sur un bateau de pêche à l’aube entre deux roulis, au bureau dans l’atmosphère branchée d’un studio de publicité ou encore au cours d’une réunion interministérielle, un seul instigateur, le désir…
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Chaque fois trois personnages, un homme et deux femmes. Un des personnages se distingue des deux autres (l’employée fraîchement licenciée qui n’a plus rien à perdre, la jeune étudiante qui fait un job d’été et a tout à découvrir, l’infirmière débutante encore trop sensible qui affronte la guerre, ou encore le poète qui vient de signer un bon contrat) et produit ce léger déséquilibre dont naît la faille dans laquelle certains des protagonistes ne manqueront pas de s’introduire. Cette faille, c’est le désir que l’on ne réfrène pas, l’envie soudaine du plaisir charnel, un appétit partagé qui ne trouvera sa conclusion que dans l’étreinte ou sous les caresses.


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Ces saynètes écrites à l’origine pour la radio sont mises en scène par l’auteur : la scène est sur la scène, une fois encore. L’auteur, en se fixant comme contrainte d’évoquer l’acte sexuel sur scène sans tomber dans la vulgarité, interroge finalement la pratique du théâtre même. Comment, en effet, montrer ce que d’habitude l'on cache, tout en s’interdisant le recours aux recettes classiques de la naissance de l’amour. Parfois les gestes se font suggestifs, mais bien plus ce sont les mots qui évoquent le trouble sensuel et sexuel, et décrivent les transports. Les gestes, regards ou les caresses deviennent alors quasiment accessoires.


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Les lecteurs de Jacques Jouet ne seront sans doute guère étonnés de cette recherche autour de l’expression de la sensualité sur scène. Une autre jeune Annette, personnage récurrent dans ces scènes, n’apparaissait-elle pas déjà dans une des pièces de Morceaux de théêtre narguant Dionysos lui-même …



[L’Amour au Travail, pièce de Jacques Jouet, avec Jehanne Carillon, Christian Girault et Mélanie Vaugeois, lumières de Fred Ansquer]